Transmédia et digital labor : pour qui travaillent les internautes ?

Master Biens communs

1ree séance de la 2e saison du webinaire « Biens communs numériques », organisé par le Master ICEN de l’université Paris Ouest et coordonné par Louise Merzeau, en partenariat avec SavoirsCOM1.

Avec:
Antonio Casilli (@AntonioCasilli),  maître de conférences en Digital Humanities à Télécom ParisTech/EHESS et auteur du blog BodySpaceSociety
et
Mélanie Bourdaa (@melaniebourdaa), maître de conférence à l’Université Bordeaux 3 Michel de Montaigne, membre du laboratoire MICA.

Mot-dièse : #M2Communs

jeudi 29 janvier 2015 de 10h à 12h30

séance retransmise en direct sur le blog du Master ICEN

Mode d’emploi pour participer au webinaire

 

Le renouveau du web pédagogique

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Ateliers du dépôt légal du Web à l’Ina


L’évolution et l’adaptation du secteur de l’éducation, de l’enseignement (et de la recherche) dans le contexte de la transition numérique est un enjeu de société majeur. Au delà de l’accès en ligne à des ressources numérisées ou des espaces de travail collaboratifs,  au delà aussi de l’instrumentation stricto sensu de la pédagogie par les outils numériques, un rapport récent du Conseil National, Jules Ferry 3.0 préconise des stratégies éducatives qui mettraient le web, ses technologies et sa culture au cœur des pratiques enseignantes :  maîtrise du code et de l’algorithme, pratique de publication et édition en ligne…  Dans cet environnement sujet à des transformations rapides et incessantes, le rapport entre innovation pédagogique et mise en mémoire du web est peu interrogé, alors qu’il paraît central.

logo-dicenIDF-blanc1Saison 6 – séance 1

Avec :

  • Ghislaine Azémard, professeur en SIC à l’Université Paris 8
  • Jean Marie Gilliot, Maître de conférence à Telecom Bretagne, Chef de projet MOOC de l’ Institut Mines-Télécom
  • Sophie Pene, professeur à l’Université Paris Descartes, membre du CNN,
  • Christine Vaufrey, consultante en ingénierie pédagogique

vendredi 23 janvier 2015 – 14h30-17h30
Ina, Centre Pierre Sabbagh, Paris

Visiter le blog des Ateliers DL Web

Dispositifs de lecture savante. Humanisme et numérique

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Journée d’étude et dispositif d’éditorialisation collective

 
L’arrivée de l’informatique dans la pratique courante des chercheurs en sciences humaines a suscité de nombreuses études sur les dispositifs et l’imbrication des facteurs techniques et cognitifs dans la construction d’une relation active aux textes. La banalisation progressive des équipements informatiques a ensuite remisé au second plan ces investigations, comme si la question de l’appropriation intellectuelle des outils devait désormais passer après celle de leur effets sociaux.
Pourtant, si elle est devenue la règle, l’adoption du support numérique dans les pratiques d’étude est loin de s’être stabilisée en un modèle normalisé, sauf à considérer comme référentiel les seules contraintes de l’industrie et du marché.
Alors que tous les lecteurs savants pratiquent désormais la lecture en ligne via divers terminaux, il paraît nécessaire de reprendre le questionnement théorique de nos technologies intellectuelles, pour les situer dans une histoire longue des dispositifs, et interroger ce qui se transmet à travers notre environnement de travail.
L’enjeu n’est pas seulement de replacer les manières de faire des lecteurs du XXIe siècle dans l’héritage d’une tradition humaniste où l’ordre des livres a fermenté. Il est aussi de reconsidérer la culture naissante des data à l’aune de cette archéologie. L’atomisation des documents en données mobilisables et calculables encourage en effet le retour d’un discours sur la dématérialisation qui nous paraît devoir être combattu. À l’opposé de l’idéalisme que ranime la désolidarisation des supports et des contenus, cette journée d’étude entend examiner la solidarité des dispositifs et des dispositions, y compris dans les environnements dits « virtuels », dont l’affordance n’est pas moins déterminante.
Ce faisant, notre ambition est d’interroger la survivance ou la réinvention d’une pratique savante de la lecture, dont il faudra redéfinir les spécificités. Citation, annotation, glose, exégèse, confrontation, bifurcation… autant d’opérations intellectuelles dont il faut décrire les effets de permanence et les évolutions.

Journée d’étude organisée par le laboratoire Dicen-IDF (Louise Merzeau), l’UMR 7041 ArScAn-THEMAM (Aurélien Berra et Anne Videau) et l’UFR Phillia (Olivier Renaut) de l’université Paris ouest Nanterre La Défense, en partenariat avec le séminaire Écritures numériques et éditorialisation (IriSens Public / Université de Montréal).

Avec des interventions de :

- Christian Jacob
– Emmanuël Souchier
– Jean-François Bert
– Elena Pierazzo
– Milad Doueihi
– Philippe Aigrain
– Evelyne Broudoux
– Vincent Larivière
– Stéphane Pouyllau

Jeudi 22 janvier 2015 de 9h à 18h
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Pôle universitaire Leonard de Vinci
12 Avenue Léonard de Vinci Courbevoie (face au Cnit) - salle 660

logo-pdf Programme et résumés

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Éditorialisation de l’événement par les étudiants

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Affiche, webographies, historique, reportage photo, enquêteglossaire, vidéos, iconographie, cartographie
Pour documenter, accompagner et prolonger cette rencontre, les étudiants de 1re année du Master Communication rédactionnelle dédiée au multimédia de Paris ouest ont conçu un dispositif d’éditorialisation collective en ligne que vous pouvez consulter à partir de ce portail.

• Compte Twitter de la rencontre géré par les étudiants :  @lecture_savante
• Mot-clé de l’événement : #lecturesavante

Visiter la page Facebook de l’événement

 

Repenser nos communs

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C’est à mes étudiants que je pense. À ceux d’aujourd’hui, à ceux que j’ai croisés depuis maintenant presque 30 ans, à ceux aussi qui sont encore sur les bancs de l’école ou du lycée et que je ne rencontrerai que dans quelques années. Que leur ai-je transmis ?

Ai-je fait ce qu’il fallait pour les aider à penser, à questionner, à comprendre ? Ai-je œuvré à les rendre plus responsables, plus exigeants, plus honnêtes ? Ai-je réussi à leur passer un peu de ma passion pour l’intelligence, la culture et la rigueur intellectuelle ? Les ai-je convaincus qu’il vaut mieux douter que croire aveuglément, et qu’il y a de la joie à être insatisfait par les réponses toutes faites pour s’efforcer de critiquer, de discuter, de contester ? Les ai-je accompagnés sur la voie qui permet de se forger des convictions, mais aussi de les remettre en question ?

Pour quelques-uns au moins, sans doute.

Mais leur ai-je assez dit combien cette voie était fragile ? Combien elle s’était elle-même frayée non seulement dans le jeu aérien des idées, mais aussi dans les larmes et le sang de l’histoire ? Leur ai-je transmis cette mémoire sans laquelle il n’y a pas de savoir ? Leur ai-je dit qu’ils ne pouvaient l’emprunter qu’à condition de combattre pour elle, chaque jour, toujours et partout, avec d’autres, en s’organisant collectivement, en se ralliant à d’autres ?

Depuis plusieurs générations maintenant, j’ai vu les comportements changer, d’une soumission plus ou moins passive envers l’autorité universitaire à une pratique consumériste de plus en plus individuelle envers l’enseignement. On se sert parmi une « offre » de formation, on vient chercher un diplôme ou un stage. On investit toujours du temps, de l’énergie et de l’argent dans ses études (presque tous les étudiants ont un job d’appoint et leur emploi du temps est très dur), mais on investit de moins en moins de fougue, d’imaginaire et de passion. On minimise la dépense, on atténue le coût.
L’institution elle-même encourage un tel cynisme, en ne parlant plus qu’aptitude, projet personnel et débouché, et en faisant de la connaissance, de la culture ou du savoir des notions de plus en plus obscènes (depuis un an, on n’a plus le droit de parler de « master recherche », il n’y a plus que des masters « pros »…).

Et la République dans tout ça ? Tous ceux qui fréquentent l’université ne voient plus ce qu’elle fait pour eux quotidiennement tant leurs conditions de travail sont dégradées, souvent dans des proportions qui frôlent l’absurdité. Pas de salle, pas de postes, pas d’équipement numérique adapté, mais surtout pas de souplesse, pas d’initiative, pas d’imagination.
Tout autour, c’est le règne de l’argent, à la fois tentant et dégoûtant. L’université feint d’y préparer et de lui ressembler (bientôt tous les diplômes accoleront le mot « management » à leur intitulé…), alors qu’elle en est l’envers glorieux et misérable. Mais quelle fierté peut-on aujourd’hui tirer du fait d’être en-dehors de ce monde ? Les étudiants (du moins les miens, en Infocom) ne semblent rêver que marketing viral et communautés de fans… Ils répliquent les discours tout faits sur un paysage médiatique où chacun serait prétendument libre de dire et penser ce qu’il veut, tout seul, tout de suite et partout. Mais aussi les discours opposés sur l’anarchie dangereuse des réseaux qu’il faudrait « civiliser » (sic).
Obnubilée par sa sacro-sainte neutralité, l’école a fini par oublier de former les jeunes au politique. L’adhésion, la cohésion, l’organisation sont devenues des valeurs entrepreneuriales.

Marche républicaine du 11 janvier 2015 à Paris – photo Sébastien Amiet CC BY 2.0

Pour tenter de corriger cette perversion, j’ai récemment créé avec quelques collègues un parcours consacré aux Communs. Répsonse bien  modeste et qui, comme on peut s’en douter, rencontre peu de succès – tant auprès des étudiants qui préfèrent travailler sur les séries TV (j’aime beaucoup les séries TV rassurez-vous, mais ça ne suffit peut-être pas à fabriquer du Nous) qu’auprès de l’institution qui préfère les formations « professionnalisantes »… Mais aujourd’hui plus que jamais, au lendemain des attentats qui ont frappé la France en ce mois de janvier 2015 et à la veille de ce qui s’annonce comme une des plus formidables manifestations d’unité nationale, je me dis que c’est le bon chemin. Repenser nos communs : les définir, les documenter, les défendre et en organiser la gouvernance. Sur la base de connaissances, d’initiatives collectives, de règles et de principes. En rappelant fortement qu’il n’y a pas de démocratie immédiate, et que seules les médiations – indissociablement organisationnelles et techniques – garantissent l’égalité, la vitalité et la cohésion du collectif.

C’est donc aux étudiants que je pense aujourd’hui. Car sans eux, ce travail ne sera tout simplement pas possible… Il n’a de sens que pour eux et avec eux, contre ceux qui veulent nous empêcher de penser. Par fanatisme et obscurantisme, mais aussi par cynisme ou désenchantement.